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Pierre Esperbé

22 août 1924 - 30 juillet 2009

 

Photo prise le 17 octobre 2008

 

 

Poète, auteur de romans, de pièces de théâtres, de nouvelles, d’essais.

Animateur de l’émission « Paroles et Chansons » sur Radio-Aligre, il avait auparavant animé des émissions sur la poésie, le théâtre, l’Histoire, l’Europe, adapté des nouvelles et, dans « Aide mémoire » des émissions – actuellement téléchargeables sur le site de Radio-Aligre – qui mettent en scène, avec la complicité d’un comédien, des interviews imaginaires permettant d’évoquer des personnages célèbres, par exemple : Olivier de Serres, Orélie 1er roi de , Alexandre 1er , Essénine …

 Bio-bibiographie

 

Poésie

Narthex. - Ed. PJ Oswald - 1971 –

Concerto pour marées et silence – Chambelland - 1974

La peau des spasmes - Chambelland - 1978

Clé de contact. - Ed. ARCAM - 1979

Inédits I à V - Collection Sajat – 2000-2001

I 1953 – 1987 : Passerage / La traversée / confins / Des pas dans le ciel / La maison du passage

II 1968 – 1969 : Dernier mai, « premier » mai / Genèse VIII / Champs de lèvres / Ouvert … par erreur

III 1970 – 1971 : Ce bilboquet d’atomes / Si bientôt il doit mourir /Cité / Le versant de l’aube / Pour que le temps renaisse

IV 1972 – 1975 : Je n’y suis pour personne / Assis sur le trottoir / Les chaussées d’absence

V 1976 -1980 : L’embrasure du temps / Caméra sur l’ailleurs / Sans-durée / Chant d’agonie

En 2002- Collection Sajat : Clés pour l’infini / Murmures de la maison voisine / Capteurs d’univers / La lampe des veines. 

Autre

A demi-mots – Collection Sajat 1958-1992 en 2001

Des Histoires de Paris – L’Harmattan - 2005

La Presse : à croire ou à laisser – L’harmattan - 2006

Au pied de l’Echafaud (Roman) Ed. Pétra -12 rue de la Réunion 75020 - 2007

Les Ventilateurs d’illusions (Roman) - Ed. Persée (posthume – 2010)

 

 

EXTRAIT de LA PEAU DES SPASMES

 

Il y avait des foules et des foules dans son crâne

 

mondes qui venaient battre des digues

d’autres qui hurlaient à chacun de ses mouvements

et qui souvent

applaudissaient

acclamaient

glorifiaient

s’intéressaient

ou prenaient acte !

 

tant de gestes divers sur la pellicule de la vie !

 

il fallait bien tourner le film

il fallait prendre aussi les cellules et les faire tournoyer

dans le cyclotron de leur destin

 

Tout allait bien

Tout allait recommencer

 

sauf l’anéantissement de la réalité

qui fit

qu’à vingt deux heures trois

quand il traversa la rue

entre une 2 CV et un camion

il passa docilement au-delà de l’étalage éclairé

et se rencontra une fois de plus dans une offrande

de lui-même à lui-même


formant un tout

dans le creux de scie


par les dents de la solitude.

 

EXTRAITS de CONCERTO POUR MAREES ET SILENCE


Je suis né pas plus tard qu’aujourd’hui

Pour le monde je suis né dans ma date de naissance

 

Mais je suis né dans l’infini des êtres

En pleine solitude des serpentations

D’une foison de lianes

 

Je suis né par quel mirage sans avoir été conçu …

Soudain

je me suis retrouvé

Seul

dans un fouillis de fougères géantes

à l’âge du carbonifère

 

Je croyais être sur un chemin

au cœur du mutisme des marais et des bois

 

Par le vacarme des milliers d’espèces

………… HULULEMENTS…………..

……. CHAIR ……………………………

…………………….FROISSEMENTS

………….FRISSONS………………..

 

extrême de la gamme des battements

 

Je croyais entendre un sentier

 

J’étais seul aux antipodes de ma vie !

 

Ma vie

Je connaissais les garde-fous de ma quantité d’années

 Je connaissais la toile de fond de mon théâtre

 J’avais en mémoire l’injonction des limites

mais

quand j’enlevais de leur boîte les bribes de rêve déposées

       par le temps

une étendue s’ouvrait devant mon miroir

une étendue de nuées

d’ombre

de pénombre

de formes d’âmes

d’échos aussi

 

une étendue qui devenait oubli

parce qu’il n’y avait pas à se souvenir

puisqu’il était dit que

j’étais déjà présent aux terres d’insolite

avant que j’y vienne

 

si réelles maintenant que j’en partageais la brise

[…]

Je respire ma rêverie

[…]

Quand on passe la tête et les bras dans la camisole étroite de poème

on ne sait quel phantasme vous enfermera au cœur des engrenages du néant 

 

En ce temps les herbes s’étouffent

       Vous êtes dans le grain de poivre

fosse au sein de tous les pics

… l’unique vestige de quelques arpents

de pâture sans mousse

se dissout dans la cordillère des années

 

mais

au moment du coma de votre âme

voila qu’un reflet dégringole de roche en roche

apportant dans son fracas la preuve d’une échappée

 

Alors

       vous agrippez les dentures du gouffre

vous élargissez à chaque temps votre faculté

d’arbuste pour en faire un poumon

un nuage

une ombelle

une gerbe

un arc-en-ciel

et vous gagnez de nuées en chants les miroirs d’astre

et vous entourez sinueusement dans vos jambes

allongées à l’impossible

 

l’univers que vous serrez dans vos spasmes

 

Vous êtes enfin libres

sur la plage tournante de vos bras ajoutés

dans l’étourdissement

de cette fiole vitriol

qui suinte

aux nausées

de votre

poème ...


Plaise à mon bras que je soulève un globe que je déverserai par monts et par vaux dans les surprises de mes golfes

 

Plaise à l’onde ouvrant l’huile d’un mage de rivaliser d’élégance avec mes fleurs pour redire ma terre

 

Plaise à la marée d’infléchir mes sommeils au chevet d’une torpeur aux recommencements invisibles du gouffre

 

Plaise à tout l’horizon d’allumer vingt mille phares que je renferme en moi bien que mon océan se taise au jour

 

Plaise au roi des lagons d’attendrir les dauphins qui s’aimaient d’algues et de roches sans que j’arme mes yeux d’embruns

Plaise à l’ouragan de murmurer mes doutes aux flocons de mon chant lorsque les mots ont répété les portes

Plaise à mes cris de franchir les remous pour atteindre au lointain la maison du rivage que je créé dans la mer